Google

This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project

to make the world's bocks discoverablc online.

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover.

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the

publisher to a library and finally to you.

Usage guidelines

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to prcvcnt abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automatcd qucrying. We also ask that you:

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for Personal, non-commercial purposes.

+ Refrain fivm automated querying Do nol send aulomated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help.

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project andhelping them find additional materials through Google Book Search. Please do not remove it.

+ Keep il légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search mcans it can bc used in any manner anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite seveie.

About Google Book Search

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders discover the world's books while hclping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web

at|http : //books . google . com/|

Google

A propos de ce livre

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en

ligne.

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont

trop souvent difficilement accessibles au public.

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.

Consignes d'utilisation

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public cl de les rendre ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. Nous vous demandons également de:

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un quelconque but commercial.

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en aucun cas.

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère.

A propos du service Google Recherche de Livres

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adressefhttp: //books .google. com|

(l^^O

y.

y

HISTOIRE

DES MONGOLS.

HISTOIRE

DES MONGOLS,

DEPUIS TCHINGUIZ-KHAN

jusqu'à

TIMOUR BEY oc TA MERLAN.

PAK

M. BARON C. D'OHSSON ,

Membre des Académies FOjaks des Sciences et des

Belles-Lettres de Stockholm, de la Société

rojale des Sciences d'Upsal , etc.

▲VBC UNS CARTB DB L*A8IE AU Xfll* .SikCLE.

TOME troisième:.

AMSTERDAM , PREDERIK MULLER.

1»52.

'-♦;

fl^

^J

-

">-

H-l-H- HT

HISTOIRE

DES MONGOLS

LIVRE rv.

1^^^^^V*^^^â

CHAPITRE PREMIER.

GUath-ud-din , soayerain du Rhorassan, de Tlrac et du Mazendéran. Séjour de Djélal-ud-din dans l'Inde. Son retour en Perse. Son arrivée dans le Kerman. Son passage par le Fars. 11 enlève le pouvoir sou- verain à son frère Ghiath-ud-din. Hostilités contre le Khaliphe. Conquête de l'Azerbaîdjan. Expé- dition en Géorgie. Retour a Tebriz. Seconde expédition en Géorgie. Départ de Tifiis pour réduire Borac révolté dans le Kerman. Combat contre les Mongols. Défection de Ghiath-ud-din. Retraite des Mongols. Sort et fin de Ghiath-ud-din. "-^ Troisième campagne en Géorgie. Si^ge de Khelatt. Prise de cette ville. Bataille entre Djélal-ud-din et le sultan du Roum, allié au prince de Damas. Défaite

3 1

HISTOIRE DES MONGOLS.

Djélal-ud-din et sa paix avec ces deux princes. Arrivée de Tchormagoun. Défection du vézir Sché- ref-ul-Mulc et de plusieurs généraux du sultan. Fuite et catastrophe de Djélal-ud-din.

jLXpRiss la retraite des armées de Tchin- guiz-khan, la Perse, en grande partie dé- vastée, obéit encore quelques années aux Khorazmiens , et fut reconquise par les Mon- gols, qui établirent alors leur domination sur l'Asie occidentale.

On a vu que des trois fils apanages du sultan Mohammed Khorazm - schah , Fainé , Djélal-ud-din , s'était réfugié dans l'Inde; que Rokn*ud-din avait été tué par les Mongols dans la forteresse de Sutoun-avend , et qu'au moment de la dispersion de l'armée khoraz- mienne, campée devant Cazvin, Ghiath-ud- din s'était retiré à Caroun, place forte du Mazendéran. Après la mort de Rokn- ud-din, et la retraite des Mongols, l'Irac v

Adjem devint la proie de deux généraux J

turcs, l'Atabey Togan-Taïssy et Edek Khan, qui s'emparèrent chacun d'une partie de celte grande province. Ghiath-ud-din voulut s'attacher Edek , parce qu'il était maître

LIVRE IV, CHAPITRE I. 3

dlspahau; il lui promit sa sœur en mariage; mais y sur ces entrefaites , Edek ayant été vaincu y pris et tué par son rival, Ghiath- ud-din marcha sur Ispahan, reçut Thom- mage de Togan, lui accorda la main de sa sœur, et se vit, en peu de temps, maître de rirac, du Kliorassan et du Mazendéran ; souveraineté qu il dut bientôt céder à son frère aîné.

Lorsque Djélal-ud-din, poursuivi dans l'intérieur de l'Inde par une division de l'armée de Tchingui^khan , fut arrivé près de Delhi, ce prince fit demander un asyle au souverain qui y fesait sa résidence; c'é- tait le sultan Schams-ud-din lletmisch, turc de naissance, ancien esclave du dernier sul- tan de Gour, qui, à la chute de la dynastie Gouride, s'était emparé de la partie septen- trionale de rinde. Craignant la présence d'un hôte aussi brave et entreprenant, lletmisch lui fit entendre, en lui envoyant des cadeaux magnifiques, que le climat de son pays ne conviendrait pas à sa santé ; qu'il ferait mieux de s'établir dans le Mouletan. Sur cette ré- ponse, Djélal-ud-din rétrograda et fit, en pas^ sant, un butin considérable dans le pays de Djoudi.

Alors il vit arriver plusieurs généraux de

4 HISTOIRE DES MONGOLS.

Tarmée de Tlrac, qui, mécontents de son frère Ghiath-ud-din , venaient avec leurs trou- pes, se ranger sous ses drapeaux. Ce renfort le mit en état d'attaquer Caradja, prince du Sind, qui lui avait donné des motifs de ressentiment. Il entra dans son pays, sac- cagea plusieurs de ses villes et mit son ar- mée en déroute; puis, apprenant que le sul- tan de Delhi marchait au secours de son voisin, il alla à sa rencontre; mais, au lieu de le combattre, Uetmisch lui proposa la paix et la main de sa fille. Le sultan ac- cepta l'une et l'autre.

Néanmoins Uetmisch se ligua avec Caradja et d'autres princes de cette partie de l'Inde, pour expulser les Khorazmiens. Djélal-ud-din ne pouvant résister à leurs forces réunies, tint conseil avec ses généraux. Ceux qui avaient quité Ghiath, voulaient retourner en Irac, et représentaient au sultan qu'il n'au- rait pas de peine à enlever le sceptre des faibles mains de son frère. Le général £uz- bec l'engageait, au contraire, à rester dans l'Inde, il serait à couvert des armes de Tchinguiz-khan , ennemi plus redoutable que tous les princes indiens; mais Djélal, séduit par l'espoir de recouvrer ses États héréditai- res, se décida à rentrer en Perse. U laissa à

LIVRE IVj CHAPITRE I. 5

Euzbec le gouvernement de ses possessions dan^ llnde, et à Yefa-Mélik, celui des pays de Gour et de Ghazna.

En traversant le désert qui sépare Flnde du ^^^-

Rerman, Djélal-ud-din vit périr une partie "* * de ses troupes , par la disette et les maladies. Il ne lui restait que quatre mille hommes lorsqu'il arriva dans le Kerman (i). Un géné- ral turc, Borac-Hadjib, cherchait alors à se rendre maître de cette contrée. sujet du grand khan du Cara-Khitaï, et officier dans ses armées, il avait passé au service du sultan Mohammed , en qualité de chambellan , d^où lui venait le surnom de Hadjib. Plus tard il devint Vun des premiers officiers de Ghiath, qui lui donna le gouvernement d'Ispahan; mais, s'étant brouillé avec le vézir de ce prince, il obtint la permission d'aller avec ses troupes joindre Djélal-ud-din. En traversant le Kerman, il fut attaqué par le gouverneur de Kévaschir pour Ghiath, qui voulut enlever les femmes et les bagages de ses gens. L'agresseur fut repoussé, battit en retraite et alla s'enfermer dans un château fort voisin, il fut pris et tué. Borac ne se contenta point de cette ven-

(i) NesMOui. Djouvéîiii. Raschîd.

6 HISTOIRE DES MONGOLS.

geance; il investit la place de Kévaschir^ commandait le fils du gouverneur. Tandis qu'il l'assiégeait, il apprit inopinément l'arri- vée de Djélal-ud-din. Borac fit porter à ce prince de riches présents; il alla lui-même à sa rencontre, et lui offrit la main d'une de ses filles, que le sultan épousa. Dès que Djélal parut devant Kévaschir , cette place lui ouvrit ses portes (i). Il y séjournait depuis un mois, lorsqu'il fut instruit que Borac méditait de le trahir. Le général Orkhan lui conseilla de faire arrêter cet ambitieux et de s'emparer du Kerman; mais son vézir Khodja Djihan ob- serva que si l'on se hâtait de punir le pre- mier seigneur qui se fut soumis au sultan, comme sa trahison ne pouvait être prouvée à tout le monde, on s'aliénerait les esprits. Djélal-ud-din prit le parti de dissimuler, et continua sa marche. A son départ , Borac resta maître de Kévaschir, et bientôt son autorité fut reconnue dans tout le Kerman. Il conserva jusqu'à sa mort la possession de ce pays, sur lequel régnèrent après lui, dans l'espace de quatre-vingt-six ans, neuf de ses descendants, qui forment la dynastie des Cara»

(i) Djouvéini. Tarikh gouzidé, bab IV, fassel lo.

LIVRE IVy CHA.PITIIE f. 7

KhitajrenSy ainsi nommée à cause de Torigine de son fondateur.

Djélal passa dans le Fars régnait, de- puis vingtK{uatre ans , TAtabey Sa'd , fils de Zengui, prince issu de Salgar, chef d'une tribu turque , dont le petit-fils Sancor , établi dans le Fars, avait profité de la décadence des Seldjoucides , pour se rendre maître de "^TTg ce pays, qui devint le domaine de princes de sa race, appelés Salgarides. S'avançant vers Schiraz Djélal fit annoncer son arrivée à TAtabey Sa'd, qui envoya à sa rencontre son fils, avec cinq cent cavaliers, et allégua pour excuse de ce quil ne venait pas lui-même, un vœu qu'il avait fait de ne jamais aller au-devant de personne. Le sultan se contenta de cette défaite. Il savait que Sa'd était irrité contre Ghiath, qui avait fait, récemment, une cruelle invasion dans son pays, et en avait même gardé quelques districts. Djélal- ud-din les lui rendit, et pour achever de le gagnei en sa faveur, il épousa sa fille (i).

Le sultan ne tarda pas à quiter Schiraz pour aller disputer à son frère la possession de rirac. Ce prince faible et voluptueux était in-

(i) Nessaoui. Djouvéini. --> Raschid.

8 HISTOIRE DES MONGOLS.

capable de rétablir Tordre dans des pays li- vrés à l'anarchie depuis la retraite de Tchin- guiz-khan. Chaque district avait son maître particulier, et ces petits tyrans , qui la plu- part consommaient la ruine des pays saccagés par les Mongols , faisaient bien réciter la prière publique au nom de Ghiath-ud-din , mais ne lui payaient aucun tribut. Ce prince , n'ayant point d'argent à donner à ses troupes, com- posées de Turcs, devait tolérer qu'ils enlevas- sent tout ce qu'ils pouvaient aux habitants paisibles. Lorsqu'un officier supérieur venait lui demander des fonds, il cherchait à le sa- tisfaire par un titre honorifique ; VEmir était promu au grade de Mélik ; le Mélik recevait le titre de Khan (i),

Djélal-ud-din s'avança jusqu'à Ispahan, d'où il partit, avec un petit nombre de cava- liers d'élite, pour surprendre son frère, oc- cupé à rassembler une armée près de la ville de Rayi. Djélal avait donné à sa troupe des drapeaux blancs, semblables à ceux des Mongols. A son approche Ghiath prit la fuite; mais il se vit bientôt à la tête de trente mille hommes de cavalerie (a). Alors Djélal eut re-

(i) Nessaoui.

(a) DjouTéini. Easchid.

LIVEB IV, CHiLPITRB I. 9

cours à Tartifice; il manda à Ghialh, par son grand écuyer, qu'après avoir subi les plus ru- des épreuves, il était venu pour se reposer quelque temps auprès de son frère; mais que se voyant reçu le sabre à la main, il allait se retirer. Trompé par ce message, Ghiath crut n'avoir rien à craindre de son rival; il s'en retourna à Rayi et licencia son armée. L'envoyé de Djélal avait été chargé de prodi- guer des promesses en son nom, aux géné- raux de Ghiath, et de leur remettre des ba- gues en gage de sa bienveillance. Plusieurs de ces officiers se laissèrent séduire; d'autres allèrent porter les bagues reçues à Ghiath, qui fit arrêter l'envoyé de son frère. Néan- moins Djélal , certain que la plupart des trou- pes étaient pour lui, résolut de s'avancer, quoiqu'il ne fut suivi que de trois mille ca- valiers. Son entreprise eut un plein succès. Ghiath courut se réfugier dans un château fort; mais bientôt rassuré par les messages de son frère, il céda à ses instances et se rendit k son camp.

Alors Fautorité de Djélal-ud-din fut généra- lement reconnue. Les généraux se présentaient devant lui avec le linceul autour du cou, et se prosternaient à ses pieds pour obtenir le pardon de leur désobéissance. Le sultan les

623.

lO HISTOIRE DES MOVGOLS.

traita avec une bonté qui dissipa leurs allar- mes. n vit bientôt arriver à sa cour tous les petits princes que ces temps d'anarchie avaient fait naître , dans le Khorassan , le Mazendéran et llrac j et qui , par la crainte qu'il leur in- spirait, venaient spontanément lui rendre hom- mage. Ceux qui s'étaient le mieux conduits eurent la liberté de s'en retourner ; les autres furent punis (i).

Le premier usage que Djélal-ud-din fit de sa nouvelle puissance , fut d'attaquer le Khaliphe !Nassir, l'ennemi de son père et de son aïeul. Il entra dans le Khouzistan , pays qui consti- tuait, avec l'Irao-Aréb, le territoire du vicaire de Mahomet, et alla investir Tousster chef- lieu de cette province. Ses troupes, manquant de tout, firent des courses dans le Khouzis- tan, et y enlevèrent un grand nombre de chevaux et de mulets, dont elles avaient grand besoin. Au bout de deux mois, le sultan leva le siège de Tousster et prit la route de Bag- dad. Il s'avança jusqu'à Ya'couba, qui n'en est qu'à sept fersenks. Le Khaliphe mit à la hâte sa capitale en état de défense et fit distribuer un million de dinars à ses troupes, avant de

(i) Nessaoui.

LIVRE IV, CHAPITEE I. It

les envoyer au combat Djélal-ud-din avait écrit au prince de Damas, Moazzam, neveu de Saladin, pour l'engager à marcher avec lui contre le Khaliphe, qu'il accusait d'avoir attiré les Barbares au cœur de la Perse, et d'être le premier auteur de la mort de son père; mais le prince syrien lui répondit, qu'il ferait cause commune avec lui en toutes cho- ses, excepté contre le pontife des musul- mans (i).

L'armée du Khaliphe, commandée par Couschtimour , était forte de vingt mille hom- mes, et un pigeon expédié au prince d'Erbil, lui avait porté l'ordre de se diriger avec dix mille hommes sur les derrières du sultan pour lui couper la retraite. Djélal, n'ayant que peu de troupes, fit dire à Couschtimour qu'il ne venait pas avec des desseins hostiles; qu'il souhaitait au contraire d'obtenir la bien- veillance du Khaliphe, dont l'appui lui était nécessaire contre l'ennemi formidable qui me- naçait encore de ses dévastations les contrées musulmanes, et que s'il était honoré de ses faveurs, il voulait se charger de défendre la Perse. Pour toute réponse, Couschtimour ran-

(0 Ez-ZéhébL

la HISTOIRE DES MONGOLS.

gea son armée en bataille. Le sultan , forcé de se mesurer avec des forces très-supérieures aux siennes, mit en embuscade une partie de sa petite troupe, et après avoir fait avec cinq cent cavaliers, deux ou trois charges, il prit la fuite. L'ennemi ne manqua pas de le pour- suivre, et fut bientôt attaqué de deux côtés. Couschtimour périt dans la mêlée; son armée en déroute fut poursuivie jusqu'aux portes de Bagdad.

Après cette victoire, le sultan prit d'assaut et saccagea la ville de Dacouca; puis il se porta sur Tacrit, et apprenant que Mozaffar, prince d'Erbil, s'approchait avec ses troupes, qu'il les avait même devancées à la tête d'un détachement, dans le dessein de l'enlever, il partit aussitôt avec une poignée de braves, surprit lui-même le prince d'Erbil, le fit pri- sonnier et lui permit de retourner dans ses États (i).

Abandonnant son dessein contre Bagdad, Djélal voulut s'emparer de l'Azerbaïdjan. Il se rendit d'abord à Meragha, dont il entreprit de relever les ruines; mais il ne tarda pas à quiter cette ville, sur l'avis que le général

(i) Raschid. £bn-ul-£tliir , pag. 3oi et 3oa.

LITRE IVy CHAPITRE I. l3

turc, Togan Tayissy (i), oncle maternel et beau-frère de Ghiath, était en marche de l'Azerbaïdjan pour prendre possession de Hé- medan et de quelques districts voisins, dont le Khaliphe lui avait donné l'investiture. Ce général venait d'hiverner dans TArran, et en traversant l'Azerbaïdjan, il avait, pour la se- conde fois, pillé ce pays. Djélal arriva au milieu de la nuit, près de l'endroit il avait posé son camp, autour duquel on voyait une multitude de chevaux, de mu- lets, d'ànes, de bœufs et de moutons, en* levés dans TArran et l'Azerbaïdjan. Lorsqu'au point du jour, le général turc, qui croyait encore Djélal-ud-din à Dacouca, vit ces trou- pes , et reconnut le sultan à l'ombrelle qu'on lui tenait au-dessus de la tête, il fut si dé- concerté de son apparition subite qu'il ne songea qu'à implorer sa clémence. Il lui en- voya sa femme, qui était sœur de Djélal; et après avoir obtenu sa grâce, il alla se ranger, avec ses troupes , sous les drapeaux du Sul- tan, qui retourna à Maragha.

(i) Tayi, Dayi, signifient en tore oncle maternel; et Tayitsi Tent dire Toncle.

^4 HISTOIRE DES MONGOLS.

Alarmé du voisinage de ce prince belli- queux y FAtabey Euzbec, souverain de F Azer- baïdjan, était parti de Tébriz pour Gandja. Malgré les dangers qui menaçaient son pays, Euzbec passait sa vie à boire; il avait aban- donné les soins du gouvernement à son épouse 9 qui était fille du sultan Togroul , der- nier prince de la dynastie des Seidjoucides de rirac; elle était restée à Tébriz. Djélal qui convoitait la possession de cette ville , l'assié- gea; au bout de cinq jours de combats , comme il était sur le point de l'enlever d'assaut, les habitants demandèrent à se rendre. Le sultan leur reprocha d'avoir tué Tannée précédente des militaires khorazmiens de l'armée de son père, et d'avoir envoyé leurs têtes aux Mon- gols. Ils alléguèrent que c'était leur souverain qui avait commis cet acte, qu'il n'avait pas été en leur pouvoir d'empêcher. Le sultan agréa leurs excuses et leur accorda la vie sauve. Ils le prièrent de garantir à l'épouse d'Euzbec la paisible possession de la ville de Khouï et de ses autres domaines dans l'Azerbaïdjan ; Djélal y consentit et donna une escorte à l'épouse d'Euzbec pour la conduire à Khouï. Il prit possession de Tébriz il demeura quelques jours, pendant lesquels ses trou- pes occupèrent les districts voisins; puis il

LIVRE IVy CHAPITRE I. l5

entreprit une expédition en Géorgie (i). Les Géorgiens avaient profité de Fincurie d'Euzbec, pour faire, les années précédentes , des courses dans TArran et l'Azerbaïdjan. Ils avaient également ravagé le Schirvan et le pays d'£rzen-ur-Roum , et s'étaient rendus le fléau des musulmans de ces contrées. Djélal, brûlant du désir de les venger , ne fut pas plutôt maître de TÂzerbaîdjan qu'il déclara la guerre aux Géoi^ens. Il en reçut cette réponse : « Nous nous sommes mesurés (c avec les Tatares, qui ont arrangé, comme « on sait, ton père, plus puissant, plus cou- ce rageux que toi, dont ils ont conquis tous a les États, et ces ennemis que nous avons « bravés, ont fini par nous tourner le dos. » Le sultan commença par prendre la ville de Tovin, dont les Géorgiens s'étaient emparés quelques années auparavant. Il marcha ensuite contre une armée géorgienne , forte de plus de soixante<lix mille hommes, l'attaqua dans la vallée de Garni, près de Tovin (a), la mit en déroute, et lui fit éprouver une perte de vingt mille hommes; un grand nombi*e de

(i) Ibn-nl-EthiTy ptg. 404. (a) Tïesaaoui. Mirkhond.

l6 HISTOIRE DES MONGOLS.

généraux géorgiens furent faits prisonniers , entre autres Schalové, seigneur de Tovin; mais leur commandant en chef, le conné- table Ivanéy parvint à se sauver et alla s'en- fermer dans le fort de R'heghé (i) que le sultan fit investir, tandis que le reste de son armée se répandait dans la Géorgie , mettant le pays à feu et à sang. Il aurait fait dès-lors la conquête de ce royaume, dont les défenseurs étaient tués, prisonniers ou fugitifs, s'il n'eut jugé sa présence néces- saire à Tébriz.

Djélal, près d'entrer en Géorgie, avait reçu de son vézir Schérif-ul-Mulc , resté à Tébriz, l'avis d'un plan de révolte formé par les magistrats de cette ville, qui voulaient remet- tre le pays sous l'autorité d'Euzbec. Le sul- tan cacha cette nouvelle, et ce ne fut qu'après sa victoire sur les Géorgiens, qu'il en fit part à ses généraux. Il leur ordonna de dévaster les districts de la Géorgie qu'ils occuperaient, et laissant le commandement de l'armée à son frère Ghiath, il retourna à Tébriz, il fit incontinent arrêter les chefs du complot, et

(i) Et. Orpëlian, dans les Mém. sur VArménie do Mr. St. Martin, tom. II, pag. iz5.

LIVRE IV, CHAPITRE I. fj

punir de mort le Reiss ou maire de la ville.

Après avoir affermi, par ces promptes me- sures, son autorité récente, il épousa Méliké^ femme d'Euzbec. Pour légitimer ce mariage, on prouva qu'Euzbec avait juré qu'il répudie- rait sa femme s'il faisait mourir un de ses esclaves, et qu'il l'avait fait tuer; en consé- quence, d'après la loi mahométane, le divorce fut légalement prononcé. Pendant son séjour à Tébriz, le sultan envoya des troupes qui s'emparèrent de Gandja, d'où Euzbec se sauva, pour se réfugier dans le château fort d'Alan- dja, situé près de la ville de Nakhtchovan.

Djélal retourna en Géorgie. Les Géorgiens xoulh. avaient mis sur pied une seconde armée, !— se trouvaient des troupes auxiliaires de plu- \%^o. sieurs peuples voisins, Alans, I^sgues, Kip- tchakes et autres. Le sultan la mit en déroute, et lui tua beaucoup de monde. Après cette victoire il marcha sur Tiflis, qu'il prit deBrabii, vive force, secondé par les habitants musul-

1 .11 1 9 ™*ri

mans de cette ville; on y fit main-basse sur i«ii6. tous les Géorgiens, hormis ceux qui se dé- clarèrent mahométans en prononçant la pro- fession de foi. Les femmes et les enfants de- vinrent la proie des vainqueurs et la ville fut livrée au pillage.

Djélal avait vengé les maux causés aux 3 1

l8 HISTOIRE DES MONGOLS.

musulmans par les Géorgiens dans leurs inva- sions des années précédentes; ses troupes s'é- taient enrichies des dépouilles d'une nation chrétienne, avaient égorgé un grand nombre d'infidèles, et traînaient en captivité leurs femmes et leurs enfants. Il quita la Géorgie dévastée et prit la route de Khelatt (i). Cette ville appartenait au prince éyoubite Aschraf , seigneur de Harran et de Roha. Son frère Moazzam, prince de Damas, qui avait à se défendre et contre Aschraf et contre son aîné Kamil, sultan d'Egypte (a), avait envoyé un de ses officiers à Djélal, pendant son sé- jour àTiflis, pour l'engager à faire une diver- sion en sa faveur, en attaquant Khelatt. Moaz- zam montrait une grande admiration pour les qualités brillantes du sultan khorazmien; il se faisait honneur de porter une robe, de monter un cheval que ce prince lui avait envoyés, et dans ses banquets nocturnes, il ne jurait que par la tête de Djélal-iid-din (3).

(i) Nessaouî.

(2) Ces trois princes étaient fils da sultan Adil, frère de Saladin, qui en SgS (1200), sept ans après la mort de ce conquérant, monta sur le trône d'Egypte et le transmit à sa postérité.

(3) Novaïri.

LIVRE l\y CHAPITRE I. tg

Il ne fallait pas beaucoup d'instances pour déterminer les Khorazmiens à attaquer une ville dont la prise devait leur offrir un riche butin; mais à peine arrivé sous les murs de ^-^^ Kkelatt, Djélal reçut l'avis que Borac Hadjib, "jST gouverneur du Kerman , encouragé par l'éloi- gnement du sultan, avait pris des mesures pour se soustraire à son autorité; qu'il avait même envoyé des émissaires aux Tartares pour les avertir de l'accroissement des forces de Djélal-ud-din. Ce prince abandonne incon- tinent son entreprise sur Khclatt, et part pour le Kerman. Instruit de sa marche, Borac TIadjib se retire dans une forteresse, et lui fait porter ses soumissions. Djélal-ud-din les reçut à Ispahan. Il lui eut été difficile de prendre la place Borac s'était mis en sû- reté; il lui envoya une robe d'honneur et le confirma dans son gouvernement.

Sur ces entrefaites, le sultan reçut de son vézir Schéréf-ul-Mulk , une dépêche de Tiflis avec la nouvelle d'hostilités commises par des troupes d'Aschraf contre un corps kho- razmien, qu'elles avaient battu. En effet les troupes restées en Géorgie, manquant de vivres, avaient fait une incursion dans le pays d'Erzen-ur-Roum , y avaient enlevé une grande quantité de bétail, et même beau-

ramaz.

schcw. oct.

ao HISTOIRE DES MONGOLS.

coup de femmes; au retour de cette expé- dition, passant à une petite distance de Khelatt, elles furent attaquées par le com- mandant de cette place pour Mélik-Aschraf, qui leur prit tout leur butin. Le vézir, alarmé de ce fait d'armes, sollicitait vive- ment son maître de revenir en Géorgie. Djélal retourna à Tiflis, qu'il ne tarda

*^^ ' pas à quiter pour assiéger la ville d'Ani , le connétable Ivané s'était enfermé avec ce qui restait de généraux géorgiens. Il investit cette place, et fit assiéger en même temps celle de Carss qui était aussi très- forte. Peu après il retourna à Tiflis, et fit une expédition dans le pays d'Abkhaze. Cette course du sultan n'était qu'un strata- gème; il voulait inspirer, par son éloigne- inent, une fausse sécurité à la garnison de Khelatt. Il ne resta que dix jours dans le pays d'Abkhaze, et revint si promptement qu'il eut surpris cette ville, si son com- mandant n'eut été averti de sa marche, deux jours avant son arrivée, par des let- tres de ses affidés parmi les personnes de

Ca3 * la suite de Djélal-ud-din. Le jour même ^sliovT de son arrivée devant cette place il l'attaqua

^ avec vigueur; le lendemain il livra un se-

cond assaut; ses troupes pénétrèrent dans

LIVRE IV, CHAPITRE I. Hl

les faubourgs y et les pillèrent, mais durent les évacuer. Le sultan leur accorda quel- ques jours de repos et renouvella l'attaque; il trouva une résistance si vigoureuse qu'il renonça à son entreprise. Les habitants se battaient en désespérés, connaissant la fé- rocité des Khorazmiens et les barbaries qu'ils commettaient en tous lieux (i). D'ailleurs Aschraf était allé à Damas faire ses soumis- sions à son frère Moazzam, et avait obtenu, par ses instances, que Moazzam envoyât prier Djélal-ud <lin de lever le siège de Khelatt (a). Toutefois Djélal-ud-din resta devant cette ville jusqu'à ce que le froid et la neige l'eussent forcé à décamper. Sa présence était nécessaire l

a3 z. h.

1 ^ dcc

dans l'Azerbaîdjan , investie par une horde de Turcmans, nommés IvnniyctUy qui pillaient les habitants et dépouillaient les caravanes. Faisant une marche rapide, il les atteignit à Vimproviste et leur coupa la retraite vers leurs montagnes inaccessibles. Ces Turcmans furent entourés et passés au fil de lepée. I^urs familles et leur riche butin tombèrent au pou-

(i) ibii-ul-£thir. (a) Novciïri.

211 HISTOIRE DES MONGOLS.

voir du vainqueur, qui après cette expédition

. se rendit à Tébriz. 024

^ Les Khorazniiens ayant évacué Tiflis pour

prendre des quartiers d'hiver , les garnisons géorgiennes de Carss, d'Ani et d'autres places fortes se réunirent et marchèrent à Tiflis, elles firent main-basse sur les Musulmans qui l'habitaient; puis ne croyant pas pouvoir dé- fendre la ville contre Djélal-ud-din, ils la brû- lèrent.

Les Ismaïliyens venaient d'assassiner l'un

des généraux du sultan , qui avait reçu en fief la ville et le territoire de Gandja. Pour venger ce meurtre, Djélal-ud-din entra dans le pays de ces dangereux sectaires, et le mit à feu et à sang.

Apprenant alors qu'un corps de troupes mongoles s'était avancé jusqu'à Dainégan, il marcha à sa rencontre, le battit et le pour- suivit, pendant plusieurs jours, l'épée dans les reins.

Tandis que Djélal était occupé de ce côté , le chambellan Houssam-ud-din Ali, comman- schab. dant de Kheiatt pour Aschraf entra dans l'A- juill. zerbaïdjan. Il était appelé par les habitants de cette province, rebutés du caractère bi- zarre de Djélal-im-din, épuisés par la rapacité de ses troupes. La femme même du sultan,

(i) Ibn-ul-Ethir. ^a) Ncssaouï. (^) Rascliîd.

6a5.

MVRE IV, CHAIMTKE I. ^3

l'ancienne épouse d'Euzbec, qui était habituée à dominer sous le règne de ce prince inepte, mécontente des procédés du sultan et regret- tant le passé, fut la première à inviter, de concert avec les habitants de Khouï, le géné- ral Houssam-ud-din à venir prendre possession de TÂzerbaïdjan. Il occupa les villes de Khouï, de Merend, de Nakhtchouvan , ainsi que plu- sieurs forts, et retourna à Khelatt, ciccom- pagné de la femme de Djélal-ud-din (i).

Le sultan était obligé de faire face à un ,^^3 ennemi plus dangereux. Les Mongols se mon- traient en force sur la frontière de llrac. Pour les observer, il avait détaché vers Raï et Damégan un corps de quatre mille hommes de cavalerie. Poussées par les Mongols, ces troupes se retirèrent sur Ispahan, Djélal- ud-din avait établi son quartier-général. Elles furent suivies par l'ennemi, qui vint poser son camp à la distance d'une journée à Test de cette ville (a). L'armée mongole était com- posée de cinq divisions, commandées par les généraux Tadjï, Racou, Assatogan, Taïmaz et Taïnal (3). Les astrologues ayant conseillé au

!l4 HISTOIRE DES MONGOLS.

sultan de ne pas livrer bataille avant le qua- trième jour, il se montra docile à leur avis. Ce prince montrait une assurance propre à inspirer du courage à ses sujets. A la pre- mière nouvelle de l'approche des Mongols, ses généraux alarmés s'étant rendu à son palais, il les reçut debout dans la cour et les entretint long-temps d'objets étrangers à cette invasion , pour leur faire voir qu'elle ne lui causait nulle inquiétude: ensuite il les ût as- seoir, et tint conseil avec eux sur l'oixlre de bataille. Avant de les congédier, il leur fit jurer qu'ils ne tourneraient pas le dos à l'en- nemi , qu'ils ne préféreraient pas la vie à une mort glorieuse; il prêta le même serment, et fixa le jour du combat. Les deux premiers magistrats d'Ispalian, le Cadi et le Reïs, reçu- rent l'ordre de passer en revue les habitants armés.

Cependant les Mongols, voyant que Djélal- ud-din ne sortait pas de la ville, crurent qu'il n'osait pas se montrer en rase cam- pagne, et se disposèrent à mettre le siège devant Ispahan. Pour se procurer des vi- vres , ils détachèrent deux mille cavaliers vers les monts du pays de Lour. Le sultan les fit suivre par trois mille hommes, qui, s'é- tant saisi des défilés, leur coupèrent la re-

LIVRE IVy CHAPITRE I. ^5

traite , et ramenèrent quatre cents prisonniers. Djélal fit livrer une partie de ces captifs à la populace, qui les massacra dans les rues d'Is- pahan; il trancha la tête aux autres, de sa propre main , dans la cour de son palais ; leurs cadavres furent livrés aux chiens et aux

vautours. ai ram.

Le jour fixé pour le combat, Djélal, tandis ^^^' quil rangeait son armée, lut tout a coup ^ abandonné par Ghiath, qui, le cœur ulcé- ré d'une mortification que son frère venait de lui faire subir, saisit ce moment pour le quiter avec ses troupes, entraînant aussi la défection d'un corps qui était sous les ordres du général Djihan Pehluvan litchi. Le sultan ne parut pas faire attention à leur départ, et même lorsqu'il eut vu les Mongols rangés en bataille, suivant leur tac- tique, par divisions, sur plusieurs lignes, il crut ses troupes plus que suffisantes pour vaincre un pareil ennemi, et ordonna aux milices d'Ispahan de rentrer dans la ville. Les deux ailes de l'armée du sultan étaient éloignées l'une de l'autre. Vers le soir son aile droite chargea la gauche de l'ennemi, l'enfonça et la poursuivit jusqu'à Caschan. Le soleil était près de son déclin; Djélal, content du succès de cette journée , se re^

26 HISTOIRE DES MONGOLS.

posait au bord d'un ravin sur le champ de bataille, lorsque Ilan Bougou, l'un de ses officiers, l'aborda et lui dit d'un ton animé: « Nous avons long-temps demandé au ciel « une journée comme celle-ci pour assouvir « notre vengeance sur ces réprouvés , et « lorsqu'il nous l'accorde, nous ne profitons «c pas de ses bienfaits. L'ennemi se retirera, « dans la nuit y l'espace de deux journées de « chemin , et nous nous repentirons trop tard a de l'avoir laissé échapper. N'achèverons « nous pas notre victoire ? » Frappé de ces paroles, le sultan remonte à cheval; mais il avait à peine franchi le ravin, qu'un corps d'élite mongol, masqué par une hauteur, se précipite sur l'aile gauche et la culbute sur le centre. Les généraux de l'aile gauche, fidèles à leur serment, périrent les armes à la main, trois seuls exceptés. Le sultan res- tait au centre, qui était en désordre, en- vironné de toutes parts et n'ayant plus auprès de lui que quatorze de ses gardes. Il tua de sa main son porte - étendard qui fuyait, et se fit jour à travei's l'ennemi. Les fuyards du centre et de l'aile gauche se dispersèrent; les uns se réfugièrent dans le Fars; les autres, dans le Kerman; une partie, dans l'Azerbaïdjan. Ceux qui avaient

LIVRE IV, CHAPITRE I. %'J

perdu leurs chevaux rentrèrent à Ispahan.

L'aile droite revint de Caschan au bout de deux jours, croyant trouver devant Is- pahan les autres corps de Tannée également victorieux. Lorsqu'elle apprit leur défaite, les troupes qui la composaient se débandèrent (i).

Les Mongols qui, malgré leur victoire, avaient essuyé une perte plus considérable que celle des Musulmans, ne firent que se montrer aux portes d'Ispahan , et se retirèrent avec tant de précipitation qu'ils arrivèrent en trois jours à Raî (2), d'où ils se dirigèrent sur Nischabour. Dans cette marche rétrograde ils perdirent beaucoup des leurs, enlevés ou tués, et ils repassèrent le Djihoun en petit nombre.

Pendant huit jours on ignora ce qu'était devenu Djélal-ud-din. On alla le chercher parmi les morts sur le champ de bataille. On crut qu'il était tombé entre les mains de l'ennemi. Déjà Ton parlait à Ispahan d'élire un autre souverain et la populace voulait enle- ver les femmes et les bagages des Khoraz- miens. Le Cadi parvint à persuader aux ha-

(i) Nessaottî. (%) DjouvéinL

l8 HISTOIRE DES MOITGOLS.

bitants de cette cité d'attendre des nouvelles du sultan jusqu'à la fête de Beiram, qui de- vait être célébrée dans peu de jours; car la bataille avait été livrée le aa du mois de Ra- mazau. Ce magistrat convint avec les Grands qui se trouvaient dans la ville, que si le sul- tan n'avait pas reparu le jour de la fête, à l'heure de la prière, ils placeraient sur le trône l'Atabey Togan Taïssi, qui, par ses ver- tus, était le plus digne du rang suprême. Malade le jour de la bataille , il n'avait pu sortir de la ville (i),

Au moment le peuple d'Ispahan se ren- dait, le jour de la fête, à la place de l'Ora- toire, le sultan qui, après la bataille, crai- gnant d'être assiégé dans Ispalian, s'il y ren- trait , avait pris la ix>ute du Louristan , arrive et assiste à la prière , causant par sa présence une joie universelle. Il s'arrêta quelques jours dans la ville pour y attendre le retour des fuyards et récompensa les généraux de l'aile droite, en conférant le titre de Khan à ceux qui étaient' Mélik (i). Il promut à ces grades élevés de simple soldats, qui s'étaient distin-

(i) Nessaouï. (a) Nessaouï.

LIVRE IVy GHàPITRE I. ag

gués dans la bataille; mais aussi plusieurs gé- néraux furent, en punition de leur mauvaise conduite, promenés dans toute la ville, la tête couverte d'un voile de femme (i).

Ghiath s'était retiré dans le Khouzistan, et cherchait à s'assurer de la protection du' Kaliphe pour recouvrer ses États. L'ani- mosité qui existait entre les deux frères avait été reveillée à l'occasion d'un meurtre commis par Ghiath. Mohammed fils de Khar- mil, issu d'une famille illustre parmi les Gours, était en grande faveur auprès du sul-